Around the Web

  1. A review of The Iraqi Christ
  2. Looks like the folks at the Atlantic have been reading NOL (though no hat tips were to be found)
  3. Men on Horseback
  4. The one area of political ingenuity where Europe still leads the world

How to Date a Woman and Why I Love America

Originally posted on FACTS MATTER:

Young men are confused nowadays because even this kind of talk is politically incorrect. I am talking about talks on how to please women and influence their decision to do this or that. I am an experienced man from another era when men knew what they were doing and the women appreciated it. So, here is some guidance based on a recent dating experience I had.

First thing first: Women don’t primarily want love or riches or wondrous sex (though neither one or the others hurt).

They want to be entertained, endlessly.

Women want to be amazed by unfamiliar objects but within a context where they feel safe. so, I took my date to a print shop. She had never been to one. I checked the progress of a new poster for my book (“I Used to Be French: an Immature Autobiography.”) She thought that was very, very nice. A…

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Les pumas de grande-banlieue: histoires d’emigration

Originally posted on FACTS MATTER:

Un recueil étonnant par un immigrant de longue date qui n’a jamais oublié être élève de Diderot et de Voltaire (en plus du poète Jacques Prévert). Il y raconte la Californie en trois courtes nouvelles, trois micro-essais et une mini-autobiographie. On y trouvera: des pumas, bien sûr, une voisine infernale et casi-meutrrière, une cocasse leçon d’Anglais, une interrogation critique sur le lien possible entre francophonie et indifférence aux faits, une présentation insolite de la discrimination raciale, la pêche à la langouste, la bourride, le patriotisme, la vie dans un château d’eau en bois, la traversée des Etats-Unis an auto-stop, la débâcle du Marxisme, l’université Stanford, la transformation de vergers en Silicon Valley.

En version electronique sur Amazon:

En France:

http://www.amazon.fr/gp/product/B00NI2PCGO

Aux Etats-Unis

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Idea for a story

I’m reading Radford’s “The Economic Organisation of a P.O.W. Camp” and I came up with an excellent premise for a Catch-22-esque story. Troops on one side of a war hear rumors that their enemy’s POW camps are comfortable and safe. Word spreads and military leaders get wind of this. In addition to propaganda, and other measures they spread rumors to enemy troops of their lavish prison facilities. This prompts an arms race of escalating promises of prisoners’ wellbeing. In order to make rumors credible they begin actually investing in prisoner camps. Soldiers continue to face squalid conditions so rationally get caught. Total hospitality ends the war.

 

Bear With Me

I am neglecting this blog a little because I am putting together a new thin book of stories in French. It’s going to be called: “Les pumas de grande banlieue.” It means the “Suburban Mountain Lions.” At this point, it’s only for electronic publication.

Please, bear with me. I will be back. You might want to forage through my archives in the meantime. They are worth it. (My best blog work is probably behind me.)  I recommend especially my series of 8 or 9 essays on protectionism. They have lost no validity and they are especially intended  for the intelligent ignorant. They require no knowledge of economics or of economics jargon. I am also pleased with my few essays on fascism, a topical subject right now. They are addressed to the same kind of readers.

The hard, print version of my book in English: I Used to Be French: an Immature Autobiography, is still not ready. It’s frustrating as well as embarrassing. (I won’t say why to protect the guilty.) It’s happening though. When I finally hold it in my hands, it will be a little bit like having a hot date at the tenth-year reunion with the girl you were lusting for in high school: Nice but not what it could have been.

Anyway, it will be for sale on Amazon and also available directly from me through my email when it’s ready ($17 plus $4 for posting).

The electronic version is on Amazon, Kindle only. It will be available for all reading devices July 30th.

La Complainte du travailleur francais immigré en Californie.

Voici, ci-dessous, le texte complet de mes memoires en Francais. Mes memoires en Anglais,- 400 pages – vont paraitre bientot: I Used to Be French: an Immature Autobiography. ($17)

Du métro Botzaris aux rives du Pacifique, ça fait quand même une bonne trotte. Bien sûr, je n’ai pas fait le trajet à pied ni en vélo mais cela m’aura quand même pris un demi-siècle, pratiquement. Physiquement, j’y suis arrivé plus vite que cela, bien sûr. Mais après avoir initialement planté mes pieds dans le sable, pour vraiment m’installer, pour m’y retrouver bien à l’aise, il m’aura fallu un bout de temps.

Que je parte là-bas, ça devait arriver puisque je suis né dans le quartier de Paris qui s’appelle (qui s’appelait?) « Carrières d’Amérique ». J’y étais donc bien prédisposé; c’était plus ou moins le destin qui le voulait! Par deux fois ou plus, j’ai donc mouillé mon ancre « Made in the dix-neuvième arrondissement » en Californie, cette fausse île merveilleuse et imaginaire qu’inventait Herberay des Essarts au début du seizième siècle, (à moins que ce ne soit l’Espagnol Rodrigues de Montalvo).

En réalité, je triche un peu en évoquant mon installation aux « rives » du Pacifique. En fait j’ai bien un modeste voilier dans le port mais ma maison n’a pas la vue sur la mer. Elle est même située à plus d’un kilomètre de l’Océan Pacifique. Il s’en est fallu de peu pourtant, d’un petit million de dollars, à peine. J’aurais dû être plus hardi à réclamer des augmentations. Ou alors devenir chirurgien-cardiologue. (Mais je n’en avais ni la patience ni le talent ni le courage, enfin, rien!) Ou bien, faire carrière dans la police locale – celle du shériff – avec une excellente retraite à cinquante-cinq ans et un emploi à mi-temps pour finir de payer les traites. (Mais je n’y ai même pas songé; c’est trop bête!) De toutes façons, avec mon accent francais, aucune chance d’être élu shériff; je serais resté employé et donc subalterne, (« Sheriff’s Deputy » – Oui, Sheriff, c’est un poste électif.)

Quand j’étais ado, à Paris on nous disait, on dit toujours aux jeunes, je crois: « Passe d’abord ton bac ». Moi, j’ai eu de la chance en devenant deux fois de suite non-bachelier. Le première fois, j’avais même obtenu la mention « Très mal ». On m’avait tellement seriné que sans bac on n’arrivait à rien que je me suis tiré en douce, presque sans prévenir.

Avant que je ne parte pour de bon, il y avait eu plusieurs aller-retour entre Botzaris et la contrée de mon choix, comme autant de rêves complexes et détaillés. Un jour, ayant raté le dernier métro, je suis parti à pied d’un bistrot des Halles pour rentrer chez mes parents, Avenue de la Porte Brunet, sur les boulevards dits « extérieurs », ceux « des Maréchaux ». Et puis, je ne sais pas trop comment, je me suis retrouvé à Sausalito en Californie. (C’est la petite ville charmante de Jack London, exactement de l’autre côté du pont dit du « Golden Gate ».) J’ étais assis au « No Name Bar », (au « Bar sans nom », comme son nom l’indique) à baratiner une blonde un peu grasse mais pas plus vulgaire que ça, somme toute. Un autre jour, j’ai quitté la cascade en béton armé des Buttes-Chaumont pour arriver, en fin de compte, au Grand Canyon, en Arizona. Tout près de là, j’avais acheté dans un Mont de Piété situé dans un réserve indienne un beau collier Navajo en argent et turquoise au motif dit de la « fleur de courge ». C’était un cadeau de mariage pour ma petite soeur, en France.

Par deux fois, pendant que je faisais mes études aux Etats-Unis, je suis vraiment allé rendre visite à mes parents à Paris. La première fois, faute de fonds, je l’avais fait en auto-stop. Je suis revenu ici, chez moi, en Californie, de la même façon. Bon, je suis bien obligé d’admettre que pour traverser l’Atlantique nord dans les deux sens je n’ai pas fait de bateau-stop. Je le regrette beaucoup. Quelle histoire cela ferait! J’aurais pu au moins essayer de faire la propreté sur un cargo pour payer mon passage. (Mon service dans la Marine Nationale, «la Royale », aurait suffit pour faire entendre au capitaine que je ne souffrais pas trop du mal de mer.) En fait, j’ai simplement acheté un billet bon marché sur un paquebot d’étudiants, une fois, New York – Le Havre, dans les deux sens. La traversée a été la fête à chaque fois. Le passager le plus âgé devait avoir environ vingt-cinq ans. Etre en croisière a un effet d’énervement sur les sens des jeunes filles, un peu comme Venise ; les jeunes filles reviennent souvent jeunes femmes des croisières en mer.

Le plus dur dans cette traversée n’a pas été le trajet Los Angeles-Chicago (la « Route 66 » de Nat King Cole ) comme on pourrait le penser. Le plus difficile, ça a été le tronçon Le Havre-Paris. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’ont fait rester en Amérique pour de bon. Quand je poireautais au grand soleil de plomb, en plein été, dans le Midwest, les petites vieilles sortaient de chez elles portant un plateau de citronnade glacée à mon intention. En stop sur les routes de Normandie et d’Ile-de-France, les petites vieilles…rien. Que vous-dire? Et bien la vérité toute simple, tout simplement: En France, si on est inconnu, on est toujours un peu le Boche de quelqu’un.

Comme presque tous les immigrants, j’ai commencé par faire la plonge en Californie. C’est une expérience salutaire, égalitaire. A force de faire la plonge, plus tard mais assez vite, j’ai pu m’offrir le luxe de devenir plongeur (sous-marin) dans mes loisirs. J’ai même fait un petit livre la dessus avec un copain de plongée, américain de naissance lui, pas un livre sur la plonge, mais bien un livre sur la plongée. (Free Diving in California.)

Pendant un moment, pour gagner ma petite vie d’étudiant, j’ai même fait le guignol. Je ne veux pas dire que j’ai fait le con sur une estrade. Plutôt, j’ai appris aux enfants d’un centre de loisirs et de plein-air à fabriquer des marionnettes et puis à les mettre en scène. (Comme c’était un centre de loisirs juif, je me suis abstenu de mettre en scène la Nativité. Pas si bête!) A une autre époque, j’ai enseigné la natation à des bébés. C’est un attrape-couillon pour les mères super-compétitives de la classe moyenne, bien sûr. Il n’y a pas de bébés nageurs. C’est une question de développement musculaire. La plupart des bébés, si on les lâche dans la piscine, ils coulent à pic avec un grand sourire aux lèvres. C’est comme si ils se souvenaient de l’apesanteur dans le ventre maternel. Le grand sourire permet néanmoins de faire des photos impressionantes qu’on agrandit en affiches formidables, toutes truquées dans leur intention.

La deuxième fois que j’ai quitté la France en dehors des vacances universitaires, c’était pour de bon. J’ai laissé derrière moi, un très bon job (comme on dit en Franglais) dans la fonction publique, et aussi, la mort dans l’âme, le pâté de campagne. Mais, de l’autre côté, j’ai découvert le guacamole tout frais. On le fait en écrasant la chair bien mûre de l’avocat avec du jus de citron, plus des ingrédients secrets. Il y avait même des avocats qui pendaient au grand arbre d’un petite cour secrète de mon université. Je parle des fruits nommés à partir du Nahuatl, la langue des Aztèques cannibales. Les autres types d’avocat, ceux qui portent la robe noire, on les pend normalement à des potences.

Ici, en Amérique, il y avait des livres, des livres partout. On avait le droit de les toucher sans se faire engueuler par la préposée, même à la bibliothèque. Il y avait aussi des biblothèques partout d’ailleurs. Celles de la moindre petite ville contenaient plus de livres que, plus tard, la bibliothèque centrale du centre de Paris, au Centre Pompidou. Même dans les librairies on avait le droit d’ouvrir les livres, de les parcourir. En plus, on pouvait s’y asseoir confortablement pour boire du café tout en feuilletant les ouvrages qu’on n’avait même pas achetés, qu’on allait pas acheter du tout. Jamais vu, ça!

Tout seul aux Etats-Unis, au début, ça n’a quand même pas été facile tous les jours. Mais, il y avait les filles, des tas de filles, une avalanche de filles. J’ai même bien failli y laisser ma peau! Je ne veux pas dire que j’ai manqué mourir d’épuisement. Je veux dire que je risquais a tous moments de me faire trouer la peau par une balle bien placée. Enfin, je passe!

Pendant que tout le monde en France était « Marxiste » à ce moment-là, j’étais aux premières loges tandis qu’on transformait les vergers de pruniers (façon Béziers) en un immense parc industriel. Je veux dire le parc surnommé “Silicone Valley” qui a changé la vie pendant ma vie. En France, comme je l’ai dit, tout le monde s’affairait alors à devenir Marxiste ou à le paraître. Ceci bien longtemps après qu’il soit devenu impossible de prétendre ne pas être au courant des horreurs du Goulag ni de celles du « Grand bond en avant ». Ceci, alors que Fidel s’entêtait toujours et encore à mettre les homosexuels en prison, pour leur donner une bonne leçon.

C’était aussi au moment où son copain Che Guevara (« le fusilleur») allait libérer les paysans boliviens. Ces petits propriétaires terriens avaient tellement envie de libération qu’ils l’ont livré à l’armée. On connait la suite. Il aurait dû me demander mon avis, Che. J’y étais, dans la même Bolivie rurale, juste un an avant lui. (J’y étais grâce à une bourse de la Fondation Ford, les salauds !) Je lui aurais dit, au Che: « N’y vas pas, Ducon ». Il s’était avéré que le Che n’avait pas lu Marx, ou mal lu. Il en est mort. C’est ce que j’appelle des études rigoureuses, sans laxisme.

Il y avait aussi cette vieille salope de Jean-Paul Sartre, bien sûr, qui ne voulait à aucun prix désesperer Renault-Billancourt. Plus haut sur l’échelle sociale, perchait l’imbittable escroc de grande volée Claude Lévi-Strauss qui avait réussi à intimider plusieurs générations d’intellectuels francophones, moins deux (le courageux Jean-Francois Revel et le noble et digne Raymond Aron). A mon sens, Lévi-Straus avait construit une grande carrière universitaire exemplaire sur la base d’un tout petit livre de voyage charmant que tout le monde avait lu « Tristes tropiques » et d’une série de gros ouvrages aussi impénétrables qu’improbables que personne n’avait lus. Je ne me souviens que vaguement de cet autre intellectuel parisien, un philosophe, “Marxiste” lui aussi, qui avait assassiné sa femme. (“Nobody is perfect!”)

Disgression technique: Je ne blâme pas Karl du tout pour la lamentable bêtise de l’intellectuariat parisien des années 60, 70, jusqu’à 80. Non seulement il savait écrire, lui, Karl ; mais il savait aussi lire. Il avait même lu “La Richesse des nations” d’Adam Smith, ce dont on ne saurait accuser ses disciples hexagonaux. D’ailleurs, il avait pris soin de mettre les choses au point de son vivant. “Je ne suis pas Marxiste”, avait-il affirmé avant de mourir. (Marx, pas Adam Smith, Adam avait passé l’arme à gauche bien avant.)

Moi, pendant tout ce temps-la, je progressais sans états d’âme. Au beau milieu de l’un des derniers vergers de Palo Alto, du mauvais côté de l’autoroute, à deux kilomètres de Stanford, il y avait un petite château. Je veux dire un château d’eau tout en bois, comme un énorme tonneau sur échasses. La vieille dame noire entreprenante à qui il appartenait l’avait transformé en studio rustique, avec cuisinette et douche, qu’elle louait. C’est là que j’avais tranquillement rédigé ma thèse. On y montait par un long escalier de meunier en bois. On y entendait de loin, de tout en haut, le clapotement des talons des filles qui grimpaient l’escalier en vitesse parcequ’elles avaient pris sur elles de venir soulager ma solitude.

On disait de la localité qu’elle avait l’un des taux de criminalité les plus élevés d’Amérique. Moi, je ne voyais de mon perchoir que des abricotiers en fleurs, puis en feuilles, et une tribu d’écureuils gris. J’étais trop pauvre pour valoir qu’on m’agresse, ou qu’on m’y cambriole, d’ailleurs. Les malfaiteurs locaux, tous noirs, n’étaient pas racistes; ils volaient les riches et les presque-riches sans distinction de couleur. De moi, ils devaient se dire: «Il est complètement timbré ce blanc-la, descendant de son baril en pantalon du surplus de l’armée éraillé, avec ses liasses de paperasses sous le bras. Même ses godasses ne valent rien, le con!»

C’était juste après que je sois rentré d’enseigner à Hawaï, dans une belle île où on ne me payait pratiquement pas. Mais la plongée sous-marine y était fabuleuse et le soir, on allait contempler l’éruption volcanique à deux pas au lieu de regarder la télévision. Un peu plus tard, j’ai eu un doctorat, un «piechdi», comme on dit, les doigts dans le nez, sans blague. Je suis quand même resté inadmissible en première année des universités françaises. Je n’invente rien! A propos, mon diplôme était en sociologie, qui n’a à peu près rien à voir avec la discipline française du même nom. (En Amérique, on a bien suivi le chemin tracé par le Français Durkheim, Emile, en France, pas tellement.)

Il y avait du soleil presque toute l’année en Californie. Ce n’est pas la faute des Francais, bien sûr, ni même du Parti Socialiste, ni des fonctionaires, si leur pays se trouve à la latitude de Terre-Neuve (de Saint-Pierre-et-Miquelon, si vous préferez.) Mais cette septemtrionalité n’arrange pas l’humeur des ces méridonaux exilés que sont les Français. Sur moi, la brièveté de l’automne et de l’hiver californiens a fait l’effet des lumières de la rampe s’allumant d’un seul coup. Cela a transformé ma mentalité, la vision que je jette sur le monde, à jamais. La grande lumière m’a fait plus tolérant, plus entreprenant; elle m’a même rendu plus gentil, du moins, à la longue, du moins, dans une certaine mesure.

J’ai habité un moment à San Francisco-même. J’y faisais des affaires. Je faisais le conseil en commerce international. C’était juste après que mon livre (avec mon co-auteur, Eric Multhaup) ait gagné un gros prix francais. C’était un livre sur le quoi et le comment de faire des affaires aux Etats-Unis: « Les Clefs du labyrinthe. » San Francisco-ville, c’était gai jusque à ce que « gay » ait finir par signifier « triste » parce que tous les amis étaient en train de mourir du SIDA.

Je suis devenu prof finalement (dans plusieurs universités) parce-que j’étais curieux et paresseux à la fois. J’ai assez vite découvert ma vocation, ma mission d’enseignant. Elle consistait à faire admettre aux autres, aux jeunes comme aux moins jeunes, qu’ils étaient plus intelligents qu’ils ne le pensaient. Parfois, c’était à coups de pied au cul. Il faut ce qu’il faut! Je dis «aux moins jeunes» parceque, pendant longtemps, j’ai enseigné dans un programme de MBA où la moyenne d’âge des élèves était de vingt-huit ans. Cela se passait au beau milieu de Silicon Valley. Plusieurs des mes élèves sont devenus millionaires par la suite. Encore plus nombreux sont ceux qui ont simplement atteint une belle prosperité. Foutu capitalisme! Ça parait injuste! C’était moi qui donnait les notes, après tout!

J’ai passé quarante ans et plus dans les universités américaines, trente comme prof. J’y ai fait des travaux scientifiques tellement calés que je ne les comprend pas tous les jours moi-même. Et j’ai enseigné aux centaine, peut-être aux milliers, toujours les mêmes trucs, tellement peu de trucs que je pourrais presque vous les résumer ici. Pendant longtemps, j’ai assez aimé ce métier. Comme Socrate, je corrompais la jeunesse. De plus, on me payait pour le faire. On me payait aussi pour lire des livres. (C’est cela qui rendait difficile d’exiger des augmentations sur le ton indigné qui fait mouche avec les patrons.)

En fin de compte, ce qui m’a vraiment decidé à rester aux USA (comme on dit en Franglais), c’était la musique d’abord et puis, l’eau, ensuite. La musique, c’est assez évident. 90% de la gastronomie du monde entier a son origine en Chine ou en France. De la même façon indisputable, 90% de la musique, des chansons, viennent des Etats-Unis. C’est tellement vrai que rare est le film « Made in France » qui ne comporte pas au moins une chanson américaine. Les réalisateurs français se rendent bien compte qu’il n’y a plus de « cool » – comme on dit en Franglais – dans la chanson française depuis longtemps, depuis Brassens, au moins, depuis François Villon, le voyou-poète, peut-être.

Et l’eau maintenant. Dans toute mon enfance, dans toute ma jeunesse en France, et au cours de mes nombreux séjours dans mon pays d’origine, je ne suis jamais arrivé à ce qu’on me donne plus de deux glaçons dans mon verre de boisson fraîche (jamais, never, nunca, nimmer!) Pas à n’importe quel prix, dans n’importe quel établissement, aussi cher soit-il, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. « Faut pas exagérer » pensent les garçons de café tellement fort qu’on les entend presque prononcer les paroles. Et aussi : « On n’a pas toujours ce qu’on veut ». Presque partout, en Amérique, on place un verre rempli de glaçons à côté de vous automatiquement dès que vous vous asseyez, même si vous n’en voulez pas (sauf sécheresse exceptionnelle).

Par ailleurs, il y a la cause des douches chaudes, vraiment chaudes, à durée indeterminée. On en rencontre en France, de temps en temps, j’en conviens, chez des particuliers et même dans certains hôtels plus ou moins mal gérés ou, par négligence, on ne règle pas le thermostat vers le bas. Pourtant, c’est toujours un peu la lotterie. La chasse à la douche chaude doit épicer la vie des Français, je me dis, sinon, ils auraient résolu le problème depuis longtemps. Ce n’est pas le savoir-faire plombier qui leur manque, en tous cas; ils ont quand même inventé le bidet.

Je suis persuadé que la vie, c’est la vie de tous les jours, que c’est le quotidien qui compte. Alors, mon idée simplifiée du bonheur, c’est de déguster, sans me presser, une boisson froide dans un verre rempli de glaçons assis bien à l’aise sur une chaise en bois, tout nu sous une douche brûlante. Un rêve à peu près irréalisable en France, je crois bien! Demandez-vous donc pourquoi. (Je ne vais pas vous le dire car je n’ai pas besoin d’ennemis supplémentaires, même loin de chez moi.)*

En vertu du même principe de ce que la vie, c’est la vie quotidienne, je tiens le compte des têtes de con rencontrées sans les chercher. Voici la définition scientifique d’une tête de con: C’est quelqu’un qui est désagréable avec moi sans me connaître assez bien pour avoir des raisons de l’être. Je crois bien que j’en rencontre plus en France en quinze jours qu’aux Etats-Unis en quinze mois. Les gens sont simplement beaucoup plus gentils, en moyenne, dans ce pays-ci qu’en France. (Même si on y tue plus qu’en France. On ne peut pas tout avoir, comme pensent les garçons de café.)

Je sais bien que la France est pleine de jolies villes pimpantes. En Amérique, par contre, la plupart des villes sont d’apparence quelconque et il y a souvent des détritus dans les caniveaux. Ça fait un peu Tiers-Monde, à dire vrai. Cela m’irrite, bien sûr. Et puis, je me rappelle que beaucoup de ces jolies villes françaises ferment trois heures avant le coucher du soleil en été. Ici, nos villes ont de l’animation. Les ville françaises, elles, ont des animatrices. Pas du tout pareil!

Malgré les apparences et malgré la distance, il y a beaucoup de continuité entre mon passé et mon présent, entre mon ancienne vie et celle d’aujourd’hui. Par exemple, à chaque fois que je gare ma voiture près de la Plage du Port à Santa Cruz, Californie, deux mouettes se relaient pour chier dessus en altitude. Je donnerais presque ma main à couper que ce sont les mêmes qui chiaient sur mon bus Volkswaggen quand j’étais hippie, brièvement, en 1967, au Portrieux (dans les Côtes d’Armor, autrefois mieux nommées: “Côtes du Nord” à cause de la température de l’eau de mer). Mais, je me raisonne. Ce n’est pas possible, ce doit être leurs petites-cousines.

«La France vous manque-t’elle, cher ami», on me demande à tout bout de champs? Oui l’île Saint-Louis me manque un peu, et aussi les côteaux de Bourgogne. Mais comme je n’avais été ni invité à l’une ni propriétaire dans les autres, ce n’est pas grave.

Ici, la banque et moi possèdons une jolie maison de style victorien sise exactement entre la mer et les sequoias. Mes grands-pères étaient encore gamins quand elle a été construite. Il y a dans ma cour arrière un pommier, un cerisier, un figuier, et deux citronniers, plus un prunier, qui donnent tous. (Heureusement, pour le prunier; il y a beaucoup de mecs de mon âge qui ont du mal à aller. Moi, ça va toujours pour aller mais on ne sait jamais. Un de ces jours je vais aller dans la direction où on ne va plus si facilement.) Le tout n’est déjà pas mal. A propos de rien: La police a capturé un puma derrière l’officine de mon dentiste il y a seulement un mois. Ici, on a su construire les villes à la campagne. (A propos, on a envoyé le puma, un jeune, un ado, en colonie de vacances dans la Sierra Nevada en lui interdisant de revenir.)**

Non, ce qui me manque vraiment parce que c’est introuvable et même inconcevable dans ce pays-ci, c’est la tête de veau sauce ravigotte. J’ai bien pensé à me la préparer moi-même en suivant une recette sur l’Internet (cette belle invention francaise. Ah, non, je me trompe, c’était le Minitel!) Ou alors, je pourrais essayer d’en trouver la recette classique dans mon exemplaire écorné de «La Cusine familiale et pratique» de Pellaprat (édition 1974).

J’aurais sûrement mis mon plan à exécution depuis longtemps si je vivais dans le Midwest où les gens sont plus conventionnels et plus proches de la terre. (J’en suis sûr, j’y ai habité quatre ans, en Indiana pour être précis.) En parlant d’éxecution, chez moi, à Santa Cruz, Californie, on est très écolo-sensible. Je saurais préparer une sauce ravigotte mais couper la tête du veau dans mon arrière-cour ne parait pas pratique, vu d’ici. La voisine de gauche, la garce qui a eu trois maris tués sous elle, appelerait les flics.*** Et je n’ai pas envie de devenir la préférée de la branche locale de Mafia mexicaine en prison, même pas pour une seule nuit!

Depuis longtemps immigré, j’éprouve une constante angoisse: D’un côté, la tête de veau ravigotte, et la tête de con, les paupiettes, la blanquette, le foie gras. (Ce dernier est franchement hors-la-loi en Californie, contrairement à la cannabis, par exemple.) De l’autre côté, un potentiel sans limites de créativité parmi des gens aimables, et des livres en abondance. Comme je vous le disais plus haut, on ne peut pas tout avoir.

Bon, alors, je m’arrête. Je voulais seulement vous donner une idée de mes souffrances existentielles de travailleur immigré. Et puis, il faut bien préciser avant de vous quitter que je n’étais pas parti m’installer à l’autre bout du monde grâce aux sous de Papa. (Il n’en avait pas de sous, Papa; je suis fils de flic.) Non, j’ai fait tout ça avec seulement ma bite et mon couteau (mon canif, quoi).

Pour finir, un mot de La Bruyère (dans « Les Caractères » : 80-IV):
«Ceux qui nuisent à la réputation ou à la fortune des autres plutôt que de perdre un bon mot méritent une peine infâmante.»

Ça, c’est moi tout craché (comme disait ma mère, Yvette).

*  « The Watershed » Liberty Unbound June 2010 24-5.
** Ce n’est pas la première fois, et de loin, qu’un puma (un cougar) se promène par chez moi. Voir mon l’histoire vraie, le conte, sur ce mon blog : « Les Pumas de Bécon-les-Bruyères. » factsmatter.wordpress.com
*** Voir le conte : « C’est presque pareil partout. » sur mon blog.

© Jacques Delacroix 2013

Bientôt, d’une manière ou d’une autre, mes mémoires (quatre cent pages) vont paraître en Anglais. Suivez mon progrès et partagezle  sur mon blog: factsmatter.wordpress.com